Nou se Lavalas

L’élection de Jean-Bertrand Aristide à la présidence haïtienne en décembre 1990 était porteuse d’énormes espoirs. Pour plusieurs observateurs de la scène politique internationale, il s’agissait d’un moment historique. Haïti, premier peuple noir à s’affranchir de l’esclavage en 1804, reprenait encore une fois le contrôle de sa destiné en élisant cette fois un prêtre comme président. 68% des électeurs ont voté pour Aristide. Le parti du prêtre-président, Lavalas (le torrent en créole), semblait canaliser l’énergie de toute une nation, après les cinq ans de chaos qui avaient suivi la fuite de Jean-Claude Duvalier en février 1986.

À l’époque, j’étais producteur-délégué d’une série d’émissions sur les pays en voie de développement intitulée Latitude Sud, pour TV5. Après l’élection en décembre, il était clair que nous devions immortaliser l’arrivée au pouvoir de Titid. Montréal comptait la troisième plus importante diaspora haïtienne des Amériques après New-York et Miami. TV5 nous a donc envoyés faire un grand reportage de 30 minutes.

Ces dix jours dans la Perle des Antilles ont changé ma vie. L’émotion, la proximité des Haïtiens avec le Québec, le caractère historique de l’événement et le charisme d’Aristide rendaient ce reportage international tout-à-fait magique. J’ai publié de nombreux articles sur l’entrée en scène d’Aristide à mon retour à Montréal.  Je sentais que nous devions témoigner coûte-que-coûte de ce qui se passait là-bas. L’euphorie du moment s’est vite estompée toutefois.

En juillet 1991, Coprocom, la compagnie de production qui m’employait, fait faillite. Puis le 30 septembre 1991, le chef de l’armée Raoul Cédras organise un putsch militaire et chasse Aristide du pouvoir. Le côté marxiste et populiste du président Aristide avait aliéné les classes dirigeantes cantonnées à Pétionville, la banlieue cossue de Port-au-Prince. Son règne n’aura été que de sept mois.

Jean-Bertrand Aristide a été ré-installé au pouvoir par Washington et une force multinationale en 1994. Il sera ré-élu président pour un mandat de cinq ans en 2000.

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