Tout compte fait

J’ai réalisé plus de 200 enquêtes de consommation à l’émission Tout compte fait depuis Québec entre 1994 et 1996. L’émission quotidienne d’une demi-heure était diffusée à 9h08 sur tout le réseau québécois et elle était animée par Jean Racine.

Je suis particulièrement fier de mon enquête sur les huissiers de justice, qui a mené à l’instigation d’un ordre professionnel des huissiers par le ministre de la Justice de l’époque, Paul Bégin, en 1995. Quelle ne fût pas ma surprise quand son attachée de presse m’a contacté pour me laisser savoir que le Procureur général du Québec avait une annonce exclusive à me faire!

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Kurt Cobain

Le suicide du chanteur de Nirvana a été l’incident le plus bouleversant de mon travail de correspondant à Vancouver.

Le 8 avril 1994, Kurt Cobain s’enlève la vie dans sa demeure de Seattle. À l’annonce de la tragique nouvelle, j’ai ressenti un immense besoin de témoigner. Sa mort violente plongeait la génération des baby-boomers dans l’embarras: qui est ce groupe appelé Nirvana? C’est quoi le grunge? Le weekend d’après, je me suis rendu à Seattle pour raconter l’histoire de ce mouvement. Le grand reportage radio de 12 minutes a été présenté à l’émission Dimanche Magazine, animée à l’époque par Michel Peland.

Pour moi, le disque Nevermind représentait des tonnes de souvenirs de l’époque où je dirigeais le Montréal Campus, le journal étudiant de l’UQAM. En 1991, le mythique album venait de sortir et on refaisait jouer inlassablement la cassette (oui, une cassette!) pendant les sprints de bouclage du journal.

Seul bon côté de toute cette histoire, en réalisant ce reportage, j’ai retrouvé Benoît Dufresne, un ancen animateur de CHOM qui avait fait découvrir tellement de musique émergente à bien des adolescents de mon âge. En cherchant un expert francophone capable de parler du grunge, j’étais tombé sur le légendaire Dufresne, qui s’était exilé en Colombie-Britannique pour diriger la programmation de CFMI, une station rock de Vancouver.

L’affaire Pelcom

Deux articles que j’ai écrits dans l’hebdomadaire Voir ont permis d’écrire une page de l’histoire du droit des médias au Québec. Mon enquête sur les Prix du meilleur commerce dénonçait l’arnaque derrière l’organisation de ce concours bidon. Mes articles «Qui paie gagne» et «De surprise en surprise» étaient vraiment dévastateurs.

Sans le savoir, je m’attaquais à un entrepreneur pour le moins combatif. Amiram Peleg a en effet obtenu de la Cour supérieure qu’une injonction soit émise pour nous empêcher de parler de quelque façon que ce soit de sa business. Cette injonction a déclenché un véritable branle-bas-le-combat dans l’univers des médias du Québec.

Un front commun des grands médias du Québec s’est formé, piloté par Me Marc-André Blanchard. L’injonction a finalement été renversée sur le banc (c’est-à-dire sans délibération des juges), dix-neuf mois plus tard.

Ce jugement lapidaire de la Cour d’appel est encore souvent cité en jurisprudence dans des causes de liberté d’expression et du droit des médias.

Le Péril jeune

Quand je suis arrivé à Radio-Canada, au printemps 1992, nous n’étions qu’une poignée de journalistes de moins de trente ans dans le réseau national. L’organisation était littéralement peuplée de baby-boomers qui avaient façonné le journalisme québécois dans les années 60. Michel Peland, Louis Martin, Gilles Gariépy, Guy Lamarche et Mario Cardinal ont été mes premiers mentors.

Ils étaient intrigués par cette nouvelle génération qui montait, la génération X. Gilles Gariépy, rédacteur en chef-délégué des affaires publiques radio m’a un jour demandé de lui présenter un projet d’émission sur ma génération. C’est ainsi qu’est né Le péril jeune, deux ans avant le célèbre film du même nom de Cédric Klapisch. L’émission animée par Michel Labrecque et réalisée par Monique Belzil traçait le portrait de ma cohorte. Les six épisodes de 30 minutes ont été diffusés le dimanche soir à l’automne 1992. J’avais 24 ans à l’époque.

Mes débuts

À l’adolescence, j’avais deux passions incommensurables: la course de demi-fond et la photo. Je faisais partie de Regina Mundi, le meilleur club d’athlétisme au Canada. J’avais été recruté par le légendaire Ben Leduc. Sous sa tutelle, j’ai remporté plusieurs médailles dans des championnats québécois sur piste et en cross-country.

Course du Parc Olympique, Montréal 1982
Eric Barbeau, aux 5 kilomètres sur route du Parc Olympique, à Montréal en 1982. Premier des moins de 16 ans!

J’ai même été des Championnats canadiens des moins de 16 ans en 1982 sur 800, 1500 et 3000 mètres. Mes coéquipiers étaient entre autres Rosey Edeh, Sylvain Lake, Alain Métellus et Daniel St-Hilaire.

Un accident stupide de basket a abruptement fait éclater ma bulle. Ligament croisé antérieur déchiré. Chirurgie obligatoire.

Cette blessure au genou m’a tenu à l’écart des pistes d’athlétisme pendant six mois. Pendant la convalescence, je me suis naturellement replié sur ma deuxième passion: la photographie. J’ai appris à manipuler les chimies dans la chambre noire de l’école secondaire le midi (bien avant la photo numérique). La seule façon pour moi de réussir à assister aux compétitions d’athlétisme sans avoir complètement le cafard perché sur mes béquilles, c’était de m’y présenter muni de mon vieux Yashica FX-3.

Magazine de la Fédération d'athlétisme du Québec
En septembre 1984, Lizann Bussières vient de remporter le Marathon de Montréal et moi, je viens de faire ma première page couverture comme photographe. Cette photo a aussi été publiée dans la revue Spiridon de Suisse.

Je connaissais ce sport et ses athlètes de fond en comble. D’image en image, mes photos ont été remarquées et publiées dans la revue de la Fédération d’athlétisme du Québec.